Tu te souviens de cette fois où ton professeur t’a demandé de présenter un exposé devant la classe à Kinshasa ? Tes mains tremblaient, ta voix tremblait, et les 30 paires d’yeux qui te fixaient te semblaient aussi intimidantes que les gratte-ciels de la Gombe. Et si je te disais que la clé pour parler avec aisance ne se trouve pas dans un manuel de communication, mais... dans les livres que tu lis déjà ? En RD Congo, où la tradition orale est aussi riche que le fleuve Congo, la littérature et l’art de la parole sont deux sœurs siamoises. Des discours de Lumumba aux contes de Mongo Beti, en passant par les poèmes de Tchicaya U Tam’si, les écrivains congolais (et africains) ont toujours su captiver leur auditoire. Dans cet annales, tu vas découvrir comment la littérature peut transformer ta prise de parole en public, que ce soit pour ton Examen d’État, un concours de poésie à Lubumbashi, ou même un débat en classe à Goma. Prêt à devenir un orateur hors pair ?
Exercice 1 : Analyser un discours littéraire (4 points)
Voici un extrait du discours de Patrice Lumumba lors de l’indépendance du Congo en : *« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. »* Analyse cet extrait en répondant aux questions suivantes.
- Auteur : Patrice Lumumba
- Contexte : Discours d'indépendance du Congo (1960)
- Extrait : *« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. »*
- Quel est l’objectif principal de ce discours ? Justifie ta réponse en t’appuyant sur l’extrait.
- Relevez deux procédés stylistiques utilisés dans cet extrait et explique leur effet sur l’auditoire.
- En quoi ce discours est-il représentatif de la littérature engagée ? Donne un exemple contemporain congolais qui illustre cette idée.
Solution complète
- Compréhension du contexte — Le discours de Lumumba a été prononcé lors de la cérémonie d’indépendance du Congo, le 30 juin 1960. À cette époque, le Congo était sous domination coloniale belge. Le ton est donc à la fois triomphal et revendicatif.
- Objectif du discours — L’objectif principal est de marquer l’histoire et de revendiquer la dignité du peuple congolais après des décennies de colonisation. L’extrait montre une dénonciation claire des injustices subies.
- Procédés stylistiques — Dans l’extrait, on remarque l’anaphore *« matin, midi et soir »* qui insiste sur la durée et l’intensité des souffrances. L’utilisation du mot *« nègres »* (terme alors péjoratif sous la colonisation) est un procédé de récupération du vocabulaire colonial pour en faire un symbole de résistance.
- Littérature engagée — La littérature engagée utilise l’écriture ou l’oral pour défendre une cause sociale ou politique. Un exemple contemporain congolais est le roman *« Bleu-Blanc-Rouge »* de Alain Mabanckou qui dénonce les travers postcoloniaux en Afrique.
→ Objectif : marquer l’histoire et revendiquer la dignité du peuple congolais après la colonisation. Procédés : anaphore (matin, midi et soir) pour insister sur la durée, et récupération du terme « nègres » pour en faire un symbole de résistance. Littérature engagée : exemple de Mabanckou avec « Bleu-Blanc-Rouge ».
Barème de correction
| Compréhension claire de l'objectif du discours | 1 pts |
| Identification correcte de deux procédés stylistiques avec explication pertinente | 2 pts |
| Lien pertinent avec la littérature engagée et exemple congolais | 1 pts |
Exercice 2 : Structurer un discours sur un thème local (5 points)
Tu dois préparer un discours de 3 minutes sur le thème : *« L’importance de préserver le Parc des Virunga pour les générations futures de Goma »*. Structure ton discours en trois parties : introduction, développement (2 arguments), et conclusion.
- Lieu : Goma (Nord-Kivu)
- Thème : Préservation du Parc des Virunga
- Durée : 3 minutes
- Public cible : élèves de 3ème
- Rédige une introduction percutante qui capte l’attention de ton auditoire.
- Développe deux arguments solides pour convaincre ton public, en t’appuyant sur des faits concrets (ex. biodiversité, tourisme, emplois locaux).
- Propose une conclusion qui appelle à l’action et marque les esprits.
Solution complète
- Introduction — Une introduction efficace doit surprendre ou poser une question. Par exemple : *« Imaginez un monde où les gorilles des montagnes n’existeraient plus. Un monde où les enfants de Goma ne pourraient plus admirer ces géants doux. Ce monde n’est pas une fiction : c’est le risque que court le Parc des Virunga si nous n’agissons pas MAINTENANT. »*
- Développement - Argument 1 — Premier argument : la biodiversité unique. Le Parc des Virunga abrite des espèces endémiques comme le gorille des montagnes (environ 1 000 individus restants dans le monde). Préserver ce parc, c’est préserver un patrimoine génétique irremplaçable pour la science et la médecine.
- Développement - Argument 2 — Deuxième argument : l’impact économique local. Le tourisme dans le parc génère des revenus pour plus de 5 000 familles à Goma et aux alentours. Sans le parc, ces emplois disparaîtront, aggravant la pauvreté déjà présente dans la région.
- Conclusion — Une conclusion doit résumer et appeler à l’action. Par exemple : *« Le Parc des Virunga n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Chaque geste compte : recycler, soutenir les associations locales, et exiger des politiques de protection. L’avenir des gorilles et des enfants de Goma est entre vos mains. »*
→ Introduction : question choc sur la disparition des gorilles. Arguments : 1) Préservation de la biodiversité unique (gorilles des montagnes), 2) Impact économique local (5 000 emplois via le tourisme). Conclusion : appel à l'action (recyclage, soutien aux associations, pression politique).
Barème de correction
| Introduction percutante et adaptée au public | 1 pts |
| Deux arguments pertinents avec faits concrets (biodiversité, économie) | 3 pts |
| Conclusion mémorable avec appel à l’action | 1 pts |
Exercice 3 : Comparer deux discours célèbres (6 points)
Compare les discours suivants en mettant en évidence leurs points communs et leurs différences : 1. Le discours de Lumumba du (extrait fourni en Exercice 1). 2. Le discours de Martin Luther King *« I Have a Dream »* (). Tu structureras ta réponse en trois parties : introduction, développement (points communs et différences), et conclusion.
- Discours 1 : Lumumba, 30 juin 1960, indépendance du Congo
- Discours 2 : Martin Luther King, 28 août 1963, marche sur Washington
- Extrait Lumumba : *« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups... parce que nous étions des nègres. »*
- Thème commun : lutte contre l’oppression
- Quels sont les deux points communs majeurs entre ces deux discours ?
- Quelle est la principale différence dans leur tonalité et leur objectif ?
- Quel discours t’inspire le plus pour ton propre apprentissage de l’éloquence ? Justifie ta réponse.
Solution complète
- Points communs — Les deux discours dénoncent une oppression (colonisation pour Lumumba, ségrégation pour King) et utilisent des procédés stylistiques pour toucher l’auditoire (anaphore, répétition, appel aux émotions). Ils s’adressent à un public large et visent un changement social.
- Différences — Lumumba a un ton plus direct et revendicatif, marqué par la colère et la dénonciation immédiate des injustices. King, lui, adopte un ton plus optimiste et universel, avec une vision d’unité future (« I have a dream »). L’objectif de Lumumba est l’indépendance politique, tandis que King vise l’égalité sociale et la fin des discriminations.
- Inspiration personnelle — Cette question est subjective. Par exemple : *« Le discours de King m’inspire plus car son appel à l’unité et à l’espoir est intemporel. Il montre que l’éloquence peut être à la fois puissante et apaisante, ce qui est crucial pour convaincre sans diviser. »*
→ Points communs : dénonciation de l’oppression et utilisation de procédés stylistiques pour toucher l’auditoire. Différences : Lumumba (ton direct, colère, objectif politique) vs King (ton optimiste, vision d’unité, objectif social). Inspiration : réponse personnelle justifiée.
Barème de correction
| Identification correcte des deux points communs | 2 pts |
| Analyse pertinente des différences (ton, objectif) | 3 pts |
| Réponse personnelle justifiée | 1 pts |
Exercice 4 : Improviser une réponse à une question piège (5 points)
Lors d’un débat en classe à Kisangani, un camarade te pose cette question piège : *« Pourquoi devrais-je écouter TON discours sur l’environnement alors que tu ne trie même pas tes déchets ? »* Réponds à cette objection de manière claire et convaincante en structurant ta réponse en trois étapes : reconnaissance du problème, explication de ta démarche, et appel à l’action collective.
- Contexte : Débat en classe à Kisangani
- Question piège : remise en cause de la crédibilité de l'orateur
- Thème : environnement
- Reconnais le problème soulevé par ton camarade.
- Explique pourquoi tu travailles sur ce sujet malgré tes limites personnelles actuelles.
- Propose une solution collective pour améliorer la situation.
Solution complète
- Reconnaissance du problème — Commence par valider la remarque : *« Tu as tout à fait raison de souligner que nos actions doivent être cohérentes avec nos discours. C’est exactement ce qui rend ce débat important : nous devons tous être des acteurs du changement. »*
- Explication de ta démarche — Explique que tu es en train d’apprendre et que le débat est justement l’occasion de progresser : *« Je ne prétends pas être parfait, mais je travaille sur ce sujet parce que je crois que chaque petit geste compte. En prenant la parole aujourd’hui, j’espère inspirer d’autres à agir, y compris moi-même. »*
- Appel à l’action collective — Termine par une proposition concrète : *« Et si, au lieu de nous juger, nous lancions un défi dans la classe ? Chacun s’engage à une action simple cette semaine, et nous en reparlons la prochaine fois. Comme ça, nous serons tous des modèles. »*
→ Reconnaissance : validation de la remarque. Explication : apprentissage en cours et volonté de progresser. Solution : défi collectif dans la classe pour agir ensemble.
Barème de correction
| Reconnaissance sincère du problème soulevé | 1 pts |
| Explication claire de la démarche personnelle | 2 pts |
| Proposition d’une solution collective réaliste | 2 pts |
Exercice 5 : Rédiger un mini-discours inspiré d'un poème (5 points)
Voici un extrait du poème *« Demain, Landowski »* de Léonard Mashako, poète congolais : *« Demain, nous planterons des mots / Comme on plante des manguiers / Pour que l’ombre de nos rêves / Protège nos lendemains. »* Rédige un mini-discours de 1 minute inspiré par ce poème, en développant l’idée que *« les mots peuvent changer le monde »*. Ton discours doit inclure une introduction, un développement avec deux arguments, et une conclusion.
- Auteur : Léonard Mashako
- Poème : « Demain, Landowski »
- Extrait : *« Demain, nous planterons des mots / Comme on plante des manguiers... »*
- Thème : pouvoir des mots
- Rédige une introduction qui fait le lien entre le poème et ton discours.
- Développe deux arguments montrant comment les mots peuvent changer le monde (ex. éducation, mobilisation sociale).
- Conclus par une phrase percutante qui résume ton message.
Solution complète
- Introduction — Commence par citer le poème et faire le lien : *« Comme le dit Léonard Mashako dans son poème, les mots sont des graines que nous plantons aujourd’hui pour récolter des lendemains meilleurs. Et si je vous disais que ces graines peuvent germer bien au-delà des pages des livres ? »*
- Argument 1 : Éducation — Premier argument : les mots éduquent et libèrent. Par exemple, apprendre à lire en lingala ou en swahili à Kinshasa donne aux enfants les clés pour comprendre le monde et s’émanciper. Les mots brisent les chaînes de l’ignorance.
- Argument 2 : Mobilisation sociale — Deuxième argument : les mots mobilisent. Pensez aux discours de Lumumba ou aux chansons de Papa Wemba qui ont soulevé des foules. Un mot bien placé peut déclencher une révolution pacifique, comme lors des manifestations pour la démocratie à Lubumbashi en 2016.
- Conclusion — Termine par une phrase percutante : *« Alors, ne sous-estimez jamais le pouvoir d’un mot. Car un mot peut être une graine, une flamme, ou même une révolution. À vous de choisir ce que vous voulez en faire. »*
→ Introduction : lien entre le poème et le pouvoir des mots. Arguments : 1) Éducation (ex. alphabétisation en lingala), 2) Mobilisation sociale (ex. discours de Lumumba, chansons de Papa Wemba). Conclusion : phrase percutante sur le choix des mots.
Barème de correction
| Introduction qui fait le lien avec le poème | 1 pts |
| Deux arguments pertinents avec exemples concrets | 3 pts |
| Conclusion percutante et mémorable | 1 pts |