Tu es en Terminale à Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, et dans quelques mois, tu passes ton Examen d'État. Parmi les épreuves, il y a celle de français qui te demande d'analyser un texte littéraire comme un·e vrai·e expert·e. Mais comment faire quand le texte parle de la vie à Kisangani, de l'exploitation minière à Lubumbashi, ou des défis de la société congolaise ? Pas de panique : dans cet annales simulé, on va décortiquer ensemble les techniques d'analyse littéraire, avec des exemples concrets tirés de la littérature congolaise et des sujets types qui ressemblent étrangement à ceux que tu auras le jour J. Prêt·e à devenir un·e pro de l'analyse ? Attrape ton stylo et ton cahier, on y va !
Exercice 1 : Analyse d'un extrait de roman congolais (4 points)
Voici un extrait de *Cruel été* de Sony Labou Tansi, écrivain congolais majeur du XXe siècle. Analyse ce passage en identifiant deux procédés stylistiques majeurs et en expliquant leur effet sur le lecteur. Pour t'aider, rappelle-toi que Labou Tansi utilise souvent l'ironie et l'hyperbole pour critiquer la société postcoloniale.
- Extrait : « Le soleil de midi écrasait la ville comme une poêle sur un feu de bois. Les rues de Kinshasa étaient désertes, non pas à cause de la chaleur, mais parce que tout le monde avait peur des miliciens qui rôdaient comme des vautours. Même les marchands du marché de Gambela avaient fermé boutique, par peur de se faire voler leur dernier sac de manioc. »
- Relever deux procédés stylistiques utilisés dans ce passage et les nommer précisément.
- Expliquer l'effet produit par chacun de ces procédés sur le lecteur. Tu peux t'aider d'exemples concrets tirés de la vie quotidienne à Kinshasa.
- En quoi ce passage reflète-t-il les tensions sociales de la République démocratique du Congo dans les années 1970 ? Cite un élément historique pour appuyer ta réponse.
Solution complète
Question 1 (2 pts) — Relever deux procédés stylistiques utilisés dans ce passage et les nommer précisément.
- Première identification — Le premier procédé est une comparaison : 'écrasait la ville comme une poêle sur un feu de bois'. Ici, la ville de Kinshasa est comparée à un aliment cuisant sur un feu, ce qui crée une image de chaleur étouffante et de souffrance.
- Deuxième identification — Le deuxième procédé est une hyperbole : 'même les marchands du marché de Gambela avaient fermé boutique'. Cette exagération montre à quel point la peur est généralisée, au point que même les commerçants, qui vivent de leur activité, ferment tout par précaution.
→ Les deux procédés stylistiques sont : 1) une comparaison ('comme une poêle sur un feu de bois'), 2) une hyperbole ('même les marchands... avaient fermé boutique').
Question 2 (1 pts) — Expliquer l'effet produit par chacun de ces procédés sur le lecteur. Tu peux t'aider d'exemples concrets tirés de la vie quotidienne à Kinshasa.
- Effet de la comparaison — La comparaison 'comme une poêle sur un feu de bois' crée une sensation de chaleur insupportable et de pression. Elle donne l'impression que la ville est prisonnière d'une situation sans issue, comme un aliment qui brûle sans pouvoir s'échapper. Pour un·e lecteur·rice congolais·e, cette image évoque immédiatement la chaleur étouffante de Kinshasa, mais aussi l'oppression politique qui 'écrase' la population.
- Effet de l'hyperbole — L'hyperbole 'même les marchands du marché de Gambela avaient fermé boutique' montre que la peur est si intense qu'elle paralyse l'économie informelle, qui est le poumon de beaucoup de foyers à Kinshasa. Cette exagération souligne l'ampleur de la crise et donne une dimension tragique à la scène.
→ La comparaison produit un effet de suffocation et d'oppression, tandis que l'hyperbole souligne l'ampleur de la peur en montrant que même les activités économiques essentielles sont arrêtées.
Question 3 (1 pts) — En quoi ce passage reflète-t-il les tensions sociales de la République démocratique du Congo dans les années 1970 ? Cite un élément historique pour appuyer ta réponse.
- Contexte des années 1970 — Les années 1970 en RDC correspondent à la période du régime de Mobutu, marquée par la répression politique, la corruption et l'insécurité. Les miliciens mentionnés dans le texte font référence aux forces de l'ordre qui terrorisaient la population pour maintenir le pouvoir. Le marché de Gambela, un marché populaire de Kinshasa, symbolise l'économie informelle qui était (et est toujours) cruciale pour la survie des ménages.
- Lien avec la littérature congolaise — Sony Labou Tansi, dans *Cruel été*, utilise la littérature comme un outil de dénonciation de ces dérives. Son style exagéré et ironique vise à faire réagir le lecteur, à lui montrer la réalité crue de la société congolaise sous Mobutu. Ce passage illustre bien cette démarche : la ville est 'écrasée' non seulement par la chaleur, mais aussi par le régime.
→ Ce passage reflète les tensions sociales des années 1970 en RDC, une période marquée par la répression politique sous Mobutu. Les miliciens et la fermeture des marchés illustrent l'insécurité et la peur généralisée qui régnaient alors.
Barème de correction
| Identification correcte de deux procédés stylistiques | 2 pts |
| Explication claire des effets de ces procédés sur le lecteur | 1 pts |
| Lien pertinent avec le contexte historique et social de la RDC | 1 pts |
Exercice 2 : Analyse d'un poème de Léonard Kasanda (5 points)
Voici un poème de Léonard Kasanda, poète congolais contemporain né en 1959 à Kisangani. Analyse sa structure, relève trois figures de style et explique leur rôle, puis détermine le thème central du poème. Ce poème, intitulé *La Rivière qui pleure*, évoque le fleuve Congo et ses souffrances.
- Poème :
- La Rivière qui pleure
- Je suis le Congo,
- Celui que l’on a violé,
- Celui dont on a volé l’or,
- Je suis le fleuve aux larmes lourdes,
- Qui charrie des cadavres de rêves,
- Et des épaves de nos espoirs.
- On m’a coupé les veines,
- Pour boire mon sang noir,
- On m’a volé ma voix,
- Pour en faire des chaînes.
- Mais je chante encore,
- Dans le vent qui passe,
- Je suis le Congo,
- Et ma douleur est un chant.
- Identifier la forme poétique utilisée dans ce poème. Justifie ta réponse en t'appuyant sur des éléments précis.
- Relever trois figures de style et expliquer leur rôle dans la construction du sens.
- Quel est le thème central du poème ? Justifie ta réponse en citant des vers précis.
Solution complète
Question 1 (1 pts) — Identifier la forme poétique utilisée dans ce poème. Justifie ta réponse en t'appuyant sur des éléments précis.
- Structure du poème — Le poème est composé de trois strophes de quatre vers chacune, suivies d'un distique final (deux vers). Il n'y a pas de rimes régulières, mais on remarque une musicalité grâce à l'enjambement et à la répétition de structures ('Je suis...', 'On m'a...'). Cette forme libre permet au poète d'exprimer sa douleur sans contrainte formelle.
→ Le poème utilise une forme libre en trois strophes de quatre vers et un distique final. Il n'y a pas de rimes régulières, mais une musicalité marquée par les répétitions et les enjambements.
Question 2 (2 pts) — Relever trois figures de style et expliquer leur rôle dans la construction du sens.
- Première figure : personnification — Le fleuve Congo est personnifié : 'Je suis le Congo', 'Je suis le fleuve aux larmes lourdes'. Le fleuve parle à la première personne, ce qui lui donne une voix et une conscience. Cela permet au poète de dénoncer les souffrances du Congo à travers une image forte.
- Deuxième figure : anaphore — L'anaphore est la répétition d'un mot en début de vers. Ici, 'Je suis' revient trois fois en début de strophe ('Je suis le Congo', 'Je suis le fleuve', 'Je suis le Congo'). Cette répétition crée un effet d'insistance et renforce l'identité du Congo.
- Troisième figure : antithèse — L'antithèse oppose deux idées contraires dans un même vers ou une même strophe. Par exemple, 'On m'a volé ma voix / Pour en faire des chaînes' oppose la voix (liberté, parole) et les chaînes (oppression, silence). Cette figure souligne le paradoxe de la situation du Congo.
→ Les trois figures de style sont : 1) la personnification ('Je suis le fleuve'), 2) l'anaphore ('Je suis'), 3) l'antithèse ('volé ma voix' vs 'chaînes').
Question 3 (2 pts) — Quel est le thème central du poème ? Justifie ta réponse en citant des vers précis.
- Thème de la souffrance et de la résistance — Le thème central est la souffrance du Congo, mais aussi sa résilience. Le poème oppose la violence ('on m'a coupé les veines', 'on a volé l'or') et la résistance ('mais je chante encore', 'ma douleur est un chant'). Le fleuve Congo devient un symbole de la nation, qui pleure ses souffrances mais continue de chanter, c'est-à-dire de résister.
- Citations clés — Les vers 'Je suis le fleuve aux larmes lourdes' et 'ma douleur est un chant' résument ce thème. Les larmes évoquent la souffrance, tandis que le chant symbolise la persistance de l'espoir et de la voix congolaise malgré tout.
→ Le thème central est la souffrance et la résilience du Congo. Le fleuve Congo, personnifié, incarne cette dualité : il pleure ses malheurs ('larmes lourdes') mais continue de chanter ('ma douleur est un chant').
Barème de correction
| Identification correcte de la forme poétique et justification précise | 1 pts |
| Relevés pertinents de trois figures de style avec explication de leur rôle | 2 pts |
| Détermination claire du thème central avec citations du texte | 2 pts |
Exercice 3 : Sujet type Examen d'État - Commentaire composé (6 points)
Voici un extrait de *L'Écart* de V. Y. Mudimbe, écrivain congolais né en 1941 à Léopoldville (Kinshasa). Rédige un plan détaillé pour un commentaire composé de ce texte, en proposant une problématique et en structurant ton analyse en deux ou trois parties. Ce texte aborde la question de l'identité et de la mémoire en Afrique postcoloniale.
- Extrait : « La mémoire est un fleuve qui charrie des souvenirs, mais aussi des mensonges. En Afrique, on nous a volé notre passé pour nous imposer une histoire écrite par d’autres. Pourtant, dans chaque village, dans chaque famille, il reste des traces de ce que nous étions avant les Blancs. Ces traces, c’est notre résistance. Elles nous rappellent que nous ne sommes pas des étrangers sur notre propre terre. »
- Propose une problématique pour ce texte.
- Établis un plan détaillé en deux ou trois parties, avec des sous-parties claires.
- Pour chaque partie, indique au moins un exemple textuel précis que tu pourrais analyser.
Solution complète
Question 1 (2 pts) — Propose une problématique pour ce texte.
- Formulation de la problématique — La problématique doit interroger le lien entre mémoire, identité et résistance dans le texte. Par exemple : 'Dans quelle mesure la mémoire, en tant que trace de l’histoire précoloniale, devient-elle un outil de résistance face à la domination coloniale et postcoloniale ?' Cette question permet d'analyser comment Mudimbe utilise la mémoire pour reconstruire une identité africaine authentique.
→ Problématique : Dans quelle mesure la mémoire, en tant que trace de l’histoire précoloniale, devient-elle un outil de résistance face à la domination coloniale et postcoloniale dans le texte de V. Y. Mudimbe ?
Question 2 (3 pts) — Établis un plan détaillé en deux ou trois parties, avec des sous-parties claires.
- Plan détaillé en trois parties — 1. La mémoire comme résistance : le texte montre que la mémoire est un fleuve qui charrie des traces de ce que nous étions avant les Blancs. Ces traces sont des preuves de notre authenticité et de notre droit à exister sur notre terre. 2. Le vol du passé comme outil de domination : Mudimbe dénonce l’imposition d’une histoire écrite par les colonisateurs, qui efface notre passé pour mieux nous contrôler. 3. La réappropriation de l’histoire comme acte de libération : en reconnaissant ces traces, nous reprenons le contrôle de notre récit et affirmons notre identité.
→ Plan détaillé : I. La mémoire comme résistance : une identité préservée à travers les traces du passé A. Le fleuve de la mémoire : une image de continuité et de résistance B. Les 'traces' comme preuves de notre authenticité II. Le vol du passé : un outil de domination coloniale A. L’imposition d’une histoire étrangère : une négation de notre passé B. La mémoire comme enjeu de pouvoir III. La réappropriation de l’histoire : vers une libération identitaire A. Reconnaître les traces de notre passé : un acte de résistance B. Affirmer notre identité : une nécessité pour l’avenir
Question 3 (1 pts) — Pour chaque partie, indique au moins un exemple textuel précis que tu pourrais analyser.
- Exemples pour chaque partie — Pour la partie I : cite 'dans chaque village, dans chaque famille, il reste des traces de ce que nous étions avant les Blancs'. Pour la partie II : cite 'on nous a volé notre passé pour nous imposer une histoire écrite par d’autres'. Pour la partie III : cite 'ces traces, c’est notre résistance' et 'nous ne sommes pas des étrangers sur notre propre terre'.
→ Exemples textuels : I.A. 'fleuve qui charrie des souvenirs', I.B. 'traces de ce que nous étions avant les Blancs', II.A. 'on nous a volé notre passé', II.B. 'imposé une histoire écrite par d’autres', III.A. 'ces traces, c’est notre résistance', III.B. 'nous ne sommes pas des étrangers sur notre propre terre'.
Barème de correction
| Problématique pertinente et bien formulée | 2 pts |
| Plan détaillé structuré en parties et sous-parties claires | 3 pts |
| Exemples textuels précis pour chaque partie | 1 pts |
Exercice 4 : Dissertation littéraire (5 points)
Dans quelle mesure la littérature congolaise peut-elle être un outil de dénonciation sociale ? Pour répondre à cette question, rédige un plan détaillé pour une dissertation en trois parties. Illustre ton propos avec au moins deux œuvres littéraires congolaises que tu connais.
- Développe un plan détaillé en trois parties pour cette dissertation.
- Cite deux œuvres littéraires congolaises qui illustrent ta réponse et explique brièvement comment elles s'inscrivent dans ton raisonnement.
- Propose une ouverture qui élargit la réflexion à d'autres contextes africains ou postcoloniaux.
Solution complète
Question 1 (3 pts) — Développe un plan détaillé en trois parties pour cette dissertation.
- Partie I : Miroir des injustices — Montre que la littérature congolaise reflète les problèmes sociaux et politiques du pays. Par exemple, la corruption, la dictature, la pauvreté, ou l'exploitation minière. Utilise des exemples comme *Cruel été* de Sony Labou Tansi, qui dépeint une société sous l'emprise de la peur et de la répression.
- Partie II : Procédés de dénonciation — Analyse les techniques littéraires utilisées pour dénoncer : ironie, hyperbole, satire, personnification, etc. Par exemple, dans *L'Écart*, Mudimbe utilise la mémoire comme outil de résistance pour critiquer la domination coloniale.
- Partie III : Limites et défis — Discute des obstacles que rencontre la littérature engagée : censure, manque de lectorat, ou difficulté à toucher un public large. Par exemple, beaucoup d'œuvres congolaises sont encore peu diffusées en dehors des milieux universitaires.
→ Plan détaillé : I. La littérature congolaise comme miroir des injustices sociales et politiques A. Dénonciation de la dictature et de la répression (ex : *Cruel été* de Sony Labou Tansi) B. Critique de la corruption et de l'exploitation économique (ex : thèmes récurrents dans la littérature minière) C. Représentation de la pauvreté et des inégalités (ex : romans urbains de la RDC) II. Les procédés littéraires au service de la dénonciation A. L'ironie et l'hyperbole pour démasquer les abus de pouvoir B. La satire sociale pour ridiculiser les travers de la société C. La personnification et la métaphore pour donner une voix aux opprimés III. Les limites de la littérature engagée en RDC A. La censure et les pressions politiques sur les auteurs B. Le manque de diffusion et de lectorat (coûts élevés des livres, faible accès aux bibliothèques) C. Le défi de toucher un public large (langues locales vs français, numérique vs papier)
Question 2 (1 pts) — Cite deux œuvres littéraires congolaises qui illustrent ta réponse et explique brièvement comment elles s'inscrivent dans ton raisonnement.
- Œuvre 1 : *Cruel été* de Sony Labou Tansi — *Cruel été* est un roman qui dépeint la société congolaise sous la dictature de Mobutu. À travers des personnages comme le dictateur et ses sbires, Tansi utilise l'absurde et l'ironie pour critiquer la corruption, la répression et l'hypocrisie du régime. Ce roman est un outil de dénonciation car il montre les conséquences humaines de la dictature sur la population.
- Œuvre 2 : *L'Écart* de V. Y. Mudimbe — *L'Écart* aborde la question de la mémoire et de l'identité en Afrique postcoloniale. Mudimbe y dénonce la domination coloniale qui a imposé une histoire étrangère aux Congolais, effaçant leur passé. Ce roman utilise la mémoire comme outil de résistance, montrant comment les Congolais peuvent se réapproprier leur histoire pour se libérer.
→ Deux œuvres illustrant la thèse : 1) *Cruel été* de Sony Labou Tansi, qui dénonce la dictature et la corruption à travers l'absurde et l'ironie ; 2) *L'Écart* de V. Y. Mudimbe, qui critique la domination coloniale et propose la mémoire comme outil de résistance.
Question 3 (1 pts) — Propose une ouverture qui élargit la réflexion à d'autres contextes africains ou postcoloniaux.
- Ouverture comparative — Pour élargir la réflexion, tu peux comparer la littérature congolaise à celle d'autres pays africains. Par exemple, au Nigeria, Chinua Achebe dans *Le Monde s'effondre* dénonce les effets de la colonisation britannique sur la société igbo. Ou encore, au Sénégal, Ousmane Sembène dans *Les Bouts de bois de Dieu* critique l'exploitation coloniale et les inégalités sociales. Cette comparaison montre que la littérature engagée est un phénomène pan-africain, voire mondial.
→ Ouverture : On peut comparer la littérature congolaise engagée à celle d'autres pays africains, comme *Le Monde s'effondre* de Chinua Achebe (Nigeria) ou *Les Bouts de bois de Dieu* d'Ousmane Sembène (Sénégal), qui utilisent aussi la fiction pour dénoncer les injustices sociales et coloniales.
Barème de correction
| Plan détaillé structuré en trois parties équilibrées avec sous-parties claires | 3 pts |
| Illustration pertinente avec deux œuvres littéraires congolaises | 1 pts |
| Ouverture pertinente et bien formulée | 1 pts |