Tu prends le bus à Kinshasa, entre deux annonces en lingala et en français, et soudain tu réalises : cette langue que tu parles tous les jours raconte une histoire bien plus grande que toi. Entre le swahili de Goma, le kikongo de Matadi, et le français des médias, la RD Congo est un véritable laboratoire de sociolinguistique. Mais comment analyser ces variations ? Comment l'Examen d'État évalue-t-il cette compétence ? Prêt à décrypter les codes linguistiques de ton pays ?
Exercice 1 : Le français de Kinshasa et ses emprunts au lingala (15 points)
Dans un article du journal *Le Palmarès*, on peut lire cette phrase : *« Le maire a balancé le projet de route après que les jeunes ont fait un *mobali* devant la mairie. »* Tu es chargé d'analyser ce passage pour un mémoire en sociolinguistique. Identifie les emprunts au lingala et explique leur intégration dans le français parlé à Kinshasa.
- Phrase à analyser : *« Le maire a balancé le projet de route après que les jeunes ont fait un mobali devant la mairie. »*
- Nombre de mots dans la phrase : 18
- Nombre d'emprunts identifiables : 2
- Relever et classer les emprunts au lingala dans cette phrase
- Expliquer le sens de chaque emprunt dans son contexte lingala original
- Analyser comment ces emprunts s'intègrent grammaticalement dans la phrase française
- Proposer une traduction en français standard de cette phrase sans emprunts
Solution complète
Question 1 (4 pts) — Relever et classer les emprunts au lingala dans cette phrase
- Emprunts identifiés — Les emprunts au lingala dans cette phrase sont *balancé* et *mobali*.
→ Les emprunts sont *balancé* (verbe) et *mobali* (nom).
Question 2 (4 pts) — Expliquer le sens de chaque emprunt dans son contexte lingala original
- Sens des emprunts — *Balancé* vient du lingala *balansé* qui signifie 'jeter' ou 'abandonner'. *Mobali* signifie 'homme' ou 'jeune homme' en lingala.
→ *Balancé* = abandonner, *mobali* = homme/jeune homme.
Question 3 (3 pts) — Analyser comment ces emprunts s'intègrent grammaticalement dans la phrase française
- Intégration grammaticale — *Balancé* est conjugué au passé composé comme un verbe français standard. *Mobali* est utilisé comme un nom complément d'objet direct, intégré sans modification grammaticale.
→ Les emprunts suivent les règles grammaticales du français : *balancé* est conjugué, *mobali* est un nom complément.
Question 4 (4 pts) — Proposer une traduction en français standard de cette phrase sans emprunts
- Traduction — Remplace *balancé* par 'a abandonné' et *mobali* par 'des jeunes'. La phrase devient : *« Le maire a abandonné le projet de route après que des jeunes ont fait un rassemblement devant la mairie. »*
→ Le maire a abandonné le projet de route après que des jeunes ont fait un rassemblement devant la mairie.
Barème de correction
| Identification correcte des emprunts | 4 pts |
| Explication précise du sens en lingala | 4 pts |
| Analyse grammaticale pertinente | 3 pts |
| Traduction fidèle et naturelle | 4 pts |
Exercice 2 : Variation du swahili entre Goma et Lubumbashi (18 points)
Tu réalises une étude comparative sur l'usage du swahili dans deux villes de RD Congo. À Goma, proche du Rwanda et de l'Ouganda, le swahili est très influencé par ces pays voisins. À Lubumbashi, proche de la Zambie, l'influence vient plutôt de l'anglais et des langues locales comme le bemba. Compare les mots suivants dans les deux villes : *chakula* (nourriture), *soko* (marché), *picha* (photo).
- Mots à comparer : chakula, soko, picha
- Villes : Goma (influence rwandaise/ougandaise), Lubumbashi (influence zambienne/anglaise)
- Nombre de variantes par mot : 2 (une par ville)
- Pour chaque mot, donner la variante utilisée à Goma et celle utilisée à Lubumbashi
- Expliquer l'origine de chaque variante
- Analyser l'impact de ces variations sur la communication entre les deux villes
- Proposer une stratégie pour unifier ces variantes dans un projet éducatif
Solution complète
Question 1 (6 pts) — Pour chaque mot, donner la variante utilisée à Goma et celle utilisée à Lubumbashi
- Variantes identifiées — À Goma : *chakula* reste *chakula*, *soko* devient *isoko* (influence du kinyarwanda), *picha* devient *foto* (emprunt à l'anglais via le kinyarwanda). À Lubumbashi : *chakula* devient *chakura* (influence du bemba), *soko* reste *soko*, *picha* reste *picha* mais se prononce à l'anglaise.
→ Goma : chakula, isoko, foto. Lubumbashi : chakura, soko, picha.
Question 2 (6 pts) — Expliquer l'origine de chaque variante
- Origine des variantes — *Isoko* vient du kinyarwanda *isoko* (marché). *Foto* vient de l'anglais *photo*. *Chakura* vient du bemba *chakura* (nourriture).
→ isoko (kinyarwanda), foto (anglais), chakura (bemba).
Question 3 (3 pts) — Analyser l'impact de ces variations sur la communication entre les deux villes
- Impact sur la communication — Un locuteur de Goma pourrait ne pas comprendre *chakura* ou *soko* à Lubumbashi, et vice versa. Cela peut créer des malentendus dans les échanges commerciaux ou administratifs entre les deux villes.
→ Les différences lexicales créent des barrières de compréhension entre les deux villes.
Question 4 (3 pts) — Proposer une stratégie pour unifier ces variantes dans un projet éducatif
- Stratégie d'unification — Créer un glossaire bilingue swahili standard - variantes régionales, ou intégrer ces variantes dans les programmes scolaires pour sensibiliser les élèves aux différences linguistiques.
→ Élaborer un glossaire standardisé ou intégrer les variantes dans les manuels scolaires.
Barème de correction
| Variantes correctes pour chaque ville | 6 pts |
| Explication précise de l'origine des variantes | 6 pts |
| Analyse pertinente de l'impact | 3 pts |
| Stratégie réaliste et adaptée | 3 pts |
Exercice 3 : L'impact du français colonial sur les langues locales (20 points)
Dans un rapport de l'UNESCO sur la RD Congo, on lit : *« Le français, langue de l'administration coloniale, a profondément marqué les langues nationales en y introduisant des structures syntaxiques et un lexique administratif qui persistent aujourd'hui. »* Tu dois illustrer cette affirmation avec des exemples concrets tirés du lingala, du swahili et du kikongo.
- Langues à analyser : lingala, swahili, kikongo
- Domaines à étudier : administration, éducation, médias
- Nombre d'exemples demandés : 2 par langue
- Pour chaque langue, donner deux exemples d'emprunts syntaxiques ou lexicaux au français
- Expliquer l'origine historique de ces emprunts
- Analyser l'impact de ces emprunts sur la structure de la langue locale
- Proposer une stratégie pour préserver la pureté linguistique tout en intégrant ces emprunts
Solution complète
Question 1 (8 pts) — Pour chaque langue, donner deux exemples d'emprunts syntaxiques ou lexicaux au français
- Exemples identifiés — Lingala : *rapport* (du français 'rapport'), *ministère* (du français 'ministère'). Swahili : *barua* (du français 'bureau'), *shule* (du français 'école'). Kikongo : *dokotera* (du français 'docteur'), *lettr* (du français 'lettre').
→ Lingala : rapport, ministère. Swahili : barua, shule. Kikongo : dokotera, lettr.
Question 2 (4 pts) — Expliquer l'origine historique de ces emprunts
- Origine historique — Ces emprunts viennent de l'administration coloniale belge qui imposait le français comme langue officielle. Les mots étaient adaptés phonétiquement pour être compris par les locaux.
→ Colonisation belge (1885-1960), imposition du français comme langue administrative.
Question 3 (4 pts) — Analyser l'impact de ces emprunts sur la structure de la langue locale
- Impact sur la structure — Ces emprunts introduisent des sons étrangers (comme le 'r' roulé du français) et des structures grammaticales complexes (ex : *rapport ya...*). Ils peuvent aussi remplacer des mots locaux plus simples.
→ Introduction de sons étrangers et remplacement de mots locaux par des termes administratifs complexes.
Question 4 (4 pts) — Proposer une stratégie pour préserver la pureté linguistique tout en intégrant ces emprunts
- Stratégie de préservation — Créer des néologismes locaux pour remplacer les emprunts (ex : *rapport* → *mobimba* en lingala), ou utiliser des équivalents dans les médias officiels pour promouvoir les langues nationales.
→ Créer des néologismes locaux ou utiliser des équivalents dans les médias officiels.
Barème de correction
| Exemples pertinents et variés par langue | 8 pts |
| Explication historique précise | 4 pts |
| Analyse structurale correcte | 4 pts |
| Stratégie réaliste et adaptée | 4 pts |
Exercice 4 : Analyse d'un discours politique en RD Congo (16 points)
Voici un extrait d'un discours du président de la République lors d'une visite à Kisangani : *« Mes chers compatriotes, nous devons ensemble bâtir une RD Congo forte, prospère et unie. Le travail, la discipline et la patrie avant tout ! »* Analyse ce discours du point de vue sociolinguistique : quel registre est utilisé ? Quels choix lexicaux révèlent une stratégie de communication ?
- Extrait du discours : *« Mes chers compatriotes, nous devons ensemble bâtir une RD Congo forte, prospère et unie. Le travail, la discipline et la patrie avant tout ! »*
- Nombre de phrases : 2
- Nombre de mots : 25
- Identifier le registre de langue utilisé dans ce discours
- Relever les mots ou expressions qui montrent une stratégie de communication
- Expliquer comment ce discours s'inscrit dans une tradition rhétorique congolaise
- Proposer une reformulation de ce discours pour un public rural de l'Équateur
Solution complète
Question 1 (4 pts) — Identifier le registre de langue utilisé dans ce discours
- Registre identifié — Le registre est soutenu et solennel, avec des termes comme *compatriotes*, *bâtir*, *prospère*, *patrie*.
→ Registre soutenu et solennel.
Question 2 (4 pts) — Relever les mots ou expressions qui montrent une stratégie de communication
- Stratégie de communication — Les mots *ensemble*, *bâtir*, *patrie* créent un sentiment de communauté. L'ordre des mots met en avant les valeurs de travail et de discipline.
→ Mots comme ensemble, bâtir, patrie créent un sentiment d'unité et de devoir.
Question 3 (4 pts) — Expliquer comment ce discours s'inscrit dans une tradition rhétorique congolaise
- Tradition rhétorique — Ce discours utilise des métaphores de construction (*bâtir*) et des valeurs patriotiques, typiques des discours politiques congolais depuis l'indépendance.
→ Métaphores de construction et valeurs patriotiques, héritage de l'indépendance.
Question 4 (4 pts) — Proposer une reformulation de ce discours pour un public rural de l'Équateur
- Reformulation — Exemple : *« Mes frères et sœurs de l'Équateur, travaillons main dans la main pour que notre terre soit riche et que nos enfants mangent à leur faim. Le travail et l'union, c'est ça notre force ! »*
→ Mes frères et sœurs de l'Équateur, travaillons main dans la main pour que notre terre soit riche et que nos enfants mangent à leur faim. Le travail et l'union, c'est ça notre force !
Barème de correction
| Identification correcte du registre | 4 pts |
| Analyse pertinente de la stratégie | 4 pts |
| Lien avec la tradition rhétorique congolaise | 4 pts |
| Reformulation adaptée et naturelle | 4 pts |
Exercice 5 : Étude de la variation selon l'âge et le niveau d'éducation (17 points)
Tu réalises une enquête sociolinguistique dans un quartier de Lubumbashi pour étudier l'usage du français selon l'âge et le niveau d'éducation. Voici les résultats partiels : sur 50 personnes interrogées, 30 utilisent couramment des emprunts au swahili dans leur français parlé, 15 n'en utilisent jamais, et 5 utilisent parfois. Parmi les 30 qui utilisent des emprunts, 20 ont moins de 30 ans et 10 ont plus de 30 ans. Parmi les 15 qui n'en utilisent jamais, 5 ont moins de 30 ans et 10 ont plus de 30 ans. Analyse ces données.
- Nombre total de personnes : 50
- Utilisent des emprunts : 30 (20 <30 ans, 10 >30 ans)
- N'utilisent jamais d'emprunts : 15 (5 <30 ans, 10 >30 ans)
- Utilisent parfois : 5
- Niveau d'éducation : non précisé dans les données
- Calculer le pourcentage de personnes utilisant des emprunts selon la tranche d'âge
- Analyser la corrélation entre âge et usage des emprunts
- Proposer une hypothèse sur l'influence du niveau d'éducation (non fourni dans les données)
- Suggérer une méthodologie pour affiner cette enquête
Solution complète
Question 1 (5 pts) — Calculer le pourcentage de personnes utilisant des emprunts selon la tranche d'âge
- Calculs — Moins de 30 ans : 20 sur 25 = 80%. Plus de 30 ans : 10 sur 25 = 40%.
→ Moins de 30 ans : 80%. Plus de 30 ans : 40%.
Question 2 (5 pts) — Analyser la corrélation entre âge et usage des emprunts
- Analyse de corrélation — Les jeunes utilisent significativement plus les emprunts (80% vs 40%), ce qui montre une tendance à l'intégration des langues locales dans le français parlé par les nouvelles générations.
→ Les jeunes (<30 ans) utilisent 2 fois plus les emprunts que les plus âgés (>30 ans).
Question 3 (3 pts) — Proposer une hypothèse sur l'influence du niveau d'éducation (non fourni dans les données)
- Hypothèse sur l'éducation — L'hypothèse est que les personnes avec un niveau d'éducation élevé (universitaire) utilisent moins les emprunts, car elles sont plus exposées au français standard dans les médias et l'éducation.
→ Hypothèse : les universitaires utilisent moins les emprunts que les personnes avec un niveau secondaire.
Question 4 (4 pts) — Suggérer une méthodologie pour affiner cette enquête
- Méthodologie — Ajouter une variable 'niveau d'éducation' dans l'enquête, et diversifier l'échantillon (quartiers riches/pauvres, différentes professions).
→ Ajouter la variable 'niveau d'éducation' et diversifier l'échantillon géographique et socio-économique.
Barème de correction
| Calculs corrects des pourcentages | 5 pts |
| Analyse pertinente de la corrélation | 5 pts |
| Hypothèse réaliste sur l'éducation | 3 pts |
| Méthodologie d'affinage adaptée | 4 pts |
Exercice 6 : La langue dans les médias congolais (14 points)
Tu analyses un article du journal *Actualité.cd* qui titre : *« Kabila appelle à l'union sacrée contre la corruption »*. Dans le corps de l'article, on trouve des phrases comme *« Le chef de l'État a insisté sur la nécessité de faire front commun »* et *« Les Congolais doivent se serrer les coudes pour sauver le pays. »* Analyse cet article du point de vue sociolinguistique : quel registre est utilisé ? Quels choix lexicaux révèlent une stratégie médiatique ?
- Titre : *« Kabila appelle à l'union sacrée contre la corruption »*
- Phrases dans l'article : *« Le chef de l'État a insisté sur la nécessité de faire front commun »*, *« Les Congolais doivent se serrer les coudes pour sauver le pays. »*
- Nombre de phrases : 2 (hors titre)
- Identifier le registre de langue dominant dans cet article
- Relever les expressions qui montrent une stratégie médiatique de persuasion
- Expliquer comment cet article s'inscrit dans une tradition médiatique congolaise
- Proposer une reformulation de ce titre pour un public rural de l'Équateur
Solution complète
Question 1 (4 pts) — Identifier le registre de langue dominant dans cet article
- Registre identifié — Registre soutenu et patriotique, avec des termes comme *union sacrée*, *chef de l'État*, *front commun*.
→ Registre soutenu et patriotique.
Question 2 (4 pts) — Relever les expressions qui montrent une stratégie médiatique de persuasion
- Stratégie médiatique — Les expressions *faire front commun* et *se serrer les coudes* créent un sentiment d'unité et de devoir collectif. La métaphore guerrière (*union sacrée*) vise à mobiliser.
→ Expressions comme front commun et se serrer les coudes créent un sentiment d'unité collective.
Question 3 (3 pts) — Expliquer comment cet article s'inscrit dans une tradition médiatique congolaise
- Tradition médiatique — Les médias congolais utilisent souvent un registre patriotique et mobilisateur, surtout pendant les crises, pour renforcer le sentiment national.
→ Registre patriotique et mobilisateur, typique des médias congolais en période de crise.
Question 4 (3 pts) — Proposer une reformulation de ce titre pour un public rural de l'Équateur
- Reformulation — Titre adapté : *« Kabila demande à tous les Congolais de s'unir pour chasser la corruption »*.
→ Kabila demande à tous les Congolais de s'unir pour chasser la corruption.
Barème de correction
| Identification correcte du registre | 4 pts |
| Analyse pertinente de la stratégie médiatique | 4 pts |
| Lien avec la tradition médiatique congolaise | 3 pts |
| Reformulation adaptée et naturelle | 3 pts |